Au début de l’année 1910, les responsables du Tour cherchent à redonner de l’intérêt à leur course. Alphonse Steines va alors proposer une incroyable nouveauté à Desgrange, l’organisateur principal du Tour : il veut envoyer le peloton à l’assaut des Pyrénées ! Malgré les réticences de Desgrange, Steines décide de partir en reconnaissance du col du Tourmalet. A quatre kilomètres du sommet, pris par la nuit et la neige, son chauffeur refuse d’aller plus loin.
Obstiné, Steines entreprend de finir seul et à pied. Ne le voyant pas revenir, toute l’équipe se met à imaginer le pire. La tension ne redescendra que le lendemain matin, à la réception d’un télégramme : « Passé Tourmalet. Très bonne route. Parfaitement praticable. Steines ». Grâce à son courage et à un brin d’inconscience, Steines pu gratifier les spectateurs de nouvelles splendides étapes de montagne.
En 1938, au-delà des spectateurs du Tour, c’est tout un pays que Bartali réussit à distraire. Rongée par la guerre civile depuis 1935, l’Italie prit cette victoire comme une grande bouffée d’oxygène. Grâce à celui qu’ils considéraient comme un dieu, les transalpins se remirent à croire en des jours meilleurs.
Autre grande figure de l’épreuve bien qu’il ne l’ait jamais remportée, Raymond Poulidor, l’éternel second, est resté l’une des coqueluches du public. La planète vélo s’est longtemps passionnée pour ses duels avec Anquetil et toute la France retint souffle lorsqu’en 1964, une moto le renversa et le contraignit à laisser le titre à son rival.
Brambilla nous offrit lui aussi de belles séquences émotion. La « Brambille », comme on le surnommait, entretenait une relation toute particulière avec sa machine. Il l’encourageait, la houspillait et parfois même, la menaçait de la priver d’eau tout en vidant ses bidons. Mais il alla encore plus loin.
Après avoir perdu le maillot jaune en 1947, l’homme qui murmurait à l’oreille des vélos rentra chez lui le cœur gros, et enterra son engin dans le fond de son jardin. Heureusement, la seule victime de cet épisode fut la machine.
Lors du Tour 1975, la situation aurait pu être beaucoup plus grave pour Merckx. Cette année-là, c’est un spectateur qui suscita l’effroi au sein de la caravane en frappant violemment Eddy Merckx au foie, pour laisser gagner Bernard Thévenet. Le grand Eddy n’en garda pas de séquelle, si ce n’est celle de ne pas avoir gagné son 6e Tour.